Je suis un zèbre

Etre diagnostiquée haut potentiel intellectuel à l'âge adulte      

par laurène baldassara

Zèbre .... Vous avez dit Zèbre ?
Cela fait un moment déjà que cet article, pour ne pas dire ce plaidoyer, tourne dans ma tête. Aujourd’hui, le moment est venu de l’écrire. Oui, il est temps que des personnes comme moi, qui sont en souffrance depuis l’enfance sans doute, puissent enfin arrêter de se culpabiliser et de croire ce que les autres disent d’eux, en pensant que bien sûr, puisqu’ils le disent, c’est qu’ils doivent avoir raison !  

Vous vous êtes toujours senti à part ? Vous n’avez jamais compris la logique et le raisonnement des autres, pouvant vous sentir seul au milieu d’une foule de personnes ? Vous vous êtes toujours posé des questions existentielles ? Vous avez une hyper sensibilité au monde qui vous entoure ? Peut-être même que, comme moi, vous avez du mal à dormir la nuit en pensant à ce qu’il se passe dans le monde, en pensant qu’il y a sans doute des personnes en train de pleurer, de mourir, de souffrir, à la même seconde sur toute la planète ? Vous avez une activité cérébrale très intense, toujours en train de mener de front plusieurs projets à la fois ? Vous avez besoin de beaucoup de solitude pour rester avec vos pensées ?

Les autres ne vous comprennent pas et vous font parfois ressentir que vous êtes « bizarre » ! De toutes façons pas la peine de le dire, on voit bien que quelque chose ne tourne pas chez nous dans le même sens que les autres. Alors que pense-t-on de soi? Et bien que l’on a sans doute un problème, que l’on est peut-être plus idiot que la moyenne, et puis que l’on ne sait pas nouer des relations avec les autres puisque c’est tellement compliqué !   Et les relations amoureuses ??? Ah pas simple n’est-ce pas ! On vous a sans doute déjà dit un bon nombre de fois que vous étiez trop difficile, exigeant(e), rigide, ....  Et puis comment cela se fait que vous soyez toujours célibataire puisque vous êtes si intelligent(e), autonome, que vous réussissez professionnellement, ... ?  Cela vous fait sourire n’est-ce pas ? Oui ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas seul !   

Alors que suis-je ? Qu’êtes-vous peut être si vous vous reconnaissez dans ces lignes ? Avant de vous répondre, je dois vous expliquer comment j’ai décidé de partir à la découverte de qui je suis, pour mettre des mots sur ma « bizzarerie ».

Et un jour le déclic  !

Après des années à souffrir de cette différence que l’on m’a tant fait ressentir comme étant une tare, c’est une relation sentimentale qui a tout fait basculer. Il y a quelques années, je rencontre un compagnon accoutumé à passer de longues soirées avec sa famille et ses amis. Je l’accompagne régulièrement durant 2 ans. Soirée après soirée, repas après repas, .... en 2 ans, on ne m’aura finalement demandé que mon prénom et des nouvelles ... de mon compagnon !!! (bah oui évidemment, moi comment je vais, on s’en fout !). A chaque fois, c’est un calvaire. Je cherche des excuses pour ne pas y aller, je m’échappe toutes les 5 mns suscitant l’agacement de mon compagnon qui me met un ultimatum : je dois être présente, quitte à faire la plante verte ! Je cède et comme à chaque fois que je m’ennuie intellectuellement, je m’enferme dans un mutisme, je reste prostrée dans un coin pendant des heures ... mon corps est là mais mon esprit est ailleurs. Des moments douloureux car à chaque fois c’est comme si je voyais une scène dont je ne peux être que spectatrice. Je suis transparente pour eux et ils le sont pour moi, malgré ma volonté d’être agréable et appréciée.   

Une indifférence de leur part qui me blesse et me fait beaucoup de peine mais en même temps à chaque fois, je ne me pose qu’une seule question : mais qu’est-ce que je fais là, avec ces gens ? On ne vient pas de la même planète ! Quelle perte de temps et d’énergie !   

Bah oui, pourquoi je m’inflige de me faire maltraiter et de me maltraiter moi-même ? Parce que je pense que c’est de ma faute ! Le compagnon qui me reproche de ne pas arriver à apprécier ses amis (à part un, un zèbre aussi selon moi), de me renfermer dans ma coquille, de ne pas arriver à faire une seule chose à la fois, d’avoir besoin trop souvent d’être seule et que ça,  c’est totalement incompatible avec une vie de couple (selon lui, of course) ! Bref, je ne suis pas normale ! Vous voyez le tableau ...   

Bien sûr et sans surprise, j’ai fini par craquer et reprendre mon célibat. Cependant, tout cela avait semé un vrai trouble en moi et réveillé toutes mes interrogations quant à cette question : « ai-je effectivement un problème ?». Après tout, on me l’avait fait sentir et dit depuis toujours !   

Du coup, je décide qu’il faut que je mette des mots sur mes maux présumés .... Quand je saurais, je pourrais alors mieux comprendre tout cela et me faire aider .... Il faut connaître son ennemi pour le combattre...

Le passage obligé par le diagnostic

Au même moment, je vais voir une amie à Paris et je vois dans sa bibliothèque un livre intitulé « trop intelligent pour être heureux ? » de Jeanne Siaud-Facchin. Je la questionne sur ce livre et elle m’explique alors que c’est en le lisant qu’elle a compris qu’elle était un zèbre. Un quoi ???   

UN ZÈBRE ! Autrement dit une personne HPI (haut potentiel intellectuel) ou surdouée.   

Je décide de le lire à mon tour et à ma grande surprise je me reconnais dans ce livre. Dans le même temps, au détour de conversations avec plusieurs amis proches, je m’aperçois que .... Ils sont tous HPI ! Pour la plupart diagnostiqués. Or, je l’ai appris par la suite avec une psychologue spécialisée, le plus souvent, un HPI s’entoure de HPI aussi bien amicalement que sentimentalement car ils se comprennent et fonctionnent de la même manière. Il faut que je sache. Seule solution : passer les tests avec un psychologue spécialisé. 

Je cherche, et je trouve une psychologue spécialisée dans les diagnostics HPI enfants et adultes. Je prends RDV. Viennent alors 10000 questionnements et une peur intense ! Que vais-je découvrir en passant ces tests ? Et si en fait j’avais une déficience intellectuelle ? Comment vais-je gérer ce que je vais découvrir ? ... Franchir le pas du diagnostic est effrayant et demande du courage...


Le 1er RDV arrive. Nous évoquons les raisons de ma venue, ce que je recherche. Je ne le sais pas encore, mais l’étude de la personnalité a commencé. Durant 1H30 elle me questionne sur ma vie, ma façon de penser, ...  Je lui évoque mes peurs. « Et si les tests révèlent que j’ai le QI d’un bulot ??? » lui dis-je. Éclat de rire de la psy qui me répond alors que ma réaction est typique. 

Je me tortille sur mon fauteuil, difficile de tenir en place. Elle le note. « Je ne supporte pas de rester assise aussi longtemps, de l’école à la fac, j’ai vécu un supplice à devoir rester assise durant des heures. Aujourd’hui encore, difficile pour moi d’aller voir de longs films au cinéma et impossible de ne faire qu’une chose à la fois de toutes façons. Par exemple, si je regarde la TV, je dois forcément faire autre chose en même temps comme lire, envoyer des mails, ... Mon esprit est comme un labyrinthe, chaque idée ouvre X possibilités, c'est comme une arborescence qui se fait et peut m'amener à me perdre parfois. J'ai toujours plusieurs projets en cours, une course qui ne se termine jamais. Et puis les gens ! La plupart m'agacent, ils ne s'intéressent à rien, leurs conversations sont creuses, ils sont mous et je m'ennuie !"

Je lui exprime cette culpabilité que je ressens vis à vis des autres qui ne comprennent pas mes comportements et notamment au niveau sentimental, la tristesse que cela engendre chez moi mais aussi la colère : « pourquoi ne peut-on pas me comprendre, m’aimer et m’accepter telle que je suis ? » .
Réaction de la psy : « il faut comprendre qu’un HPI fait généralement sa vie avec un HPI et fréquente des HPI. Difficile pour les personnes « normales » de nous comprendre, il ne faut pas culpabiliser et comprendre qu’ils ne peuvent tout simplement pas comprendre. On n’est pas « câblés » de la même façon»   

J’ajoute : « Et pourtant mes amis intimes eux me comprennent et m’aiment telle que je suis! ».
Réponse : « Normal, puisque eux aussi sont HPI ! »   

Le Rdv touche à sa fin quand je lui demande ce qu’elle pense de tout cela. Sa réponse est sans appel « vous êtes HPI, sans le moindre doute, j’en vois tous les jours et je peux vous dire que si vous vous ne l’êtes pas, je change de métier !».

Ma première réaction fût : « Je suis normale ! » Oui ma normalité est différente mais je suis normale !   

Ce soir-là, en repartant de son cabinet, j’ai pleuré. Quel soulagement ! Je me repassais le film de ma vie jusqu’ici avec une relecture différente. Tant de choses prenaient tout leur sens. C’était tellement logique maintenant .... Si seulement j’avais su cela avant, cela aurait peut être changé bien des choses, à commencer la vision que j’avais de moi-même. Mais bien sûr, après ce soulagement, les doutes sont réapparus ! La psy semble très sure d’elle mais tout de même, j’ai un doute (oui forcément, cela ne peut être qu’une erreur ! HI!). Et si elle s’était trompée ?   

Alors je décide d’aller jusqu’au bout de la démarche, même si j’ai peur, en passant tous les tests. J’ai besoin d’une preuve irréfutable, j’ai besoin de le voir marqué noir sur blanc pour l’accepter et l’intégrer.   

15 jours plus tard, c’est parti pour toute une série d'exercices connus sous le nom de test WAIS IV : maths, français, logique, culture générale, mémoire, rapidité de traitement de l’information, ... J’ai la tête à l’envers après une nuit de sommeil pénible mais je me prends au jeu. Enfin, c’est fini ... dans quelques jours, je saurais ce qu’il en est.   

Le dernier rdv arrive ...Verdict : Le diagnostic est confirmé et même un peu plus … Je ne suis pas une personne à haut potentiel intellectuel mais à très haut potentiel (comprenez QI supérieur à 140) ! Un petit zèbre de plus !
Chaque HPI étant différent, je découvre mes tendances, et notamment l’hypersensibilité relevée.

Qu’est-ce que m’a apporté le diagnostic HPI ? 
Je suis toujours la même personne mais il m’a permis de mieux me connaître, de mieux me comprendre et m’accepter. Je le sais, cette démarche à fait basculer quelque chose dans ma vie. Le diagnostic m’a libérée de la culpabilité et de la tristesse qu’elle engendrait. Mon rapport aux autres également est en train de changer. Dorénavant, je ne cherche plus à ce que l’on me comprenne et je ne m’attriste plus de me sentir « à part ». Je ne me force plus et ne passe du temps qu’avec des personnes que je choisi, sinon je tourne les talons.

Je m’aperçois que je détecte immédiatement si un interlocuteur est un zèbre ou pas. S’il l’est, il y a un fort attrait intellectuel tout de suite et une forte envie d’échanger. Sinon je ne dépasse pas le stade des quelques mots. L’ennui s’installe tout de suite, malgré mon envie d’être aimable, je n’ai qu’une envie, couper court et m’en aller. Aujourd’hui, je m’écoute et je le fais, sans culpabiliser. Et si les personnes ne comprennent pas ? Tant pis. Ce n’est pas leur faute, mais ce n’est pas la mienne non plus ... 
 
Et si vous étiez vous aussi une personne à haut potentiel intellectuel (HPI) ?
Je me rends compte qu’il y a finalement plus de personnes qu’on ne le croit qui sont également dans cette problématique. Elles sont « hors normes » et en souffrent car elles ne comprennent pas pourquoi elles sont ainsi ni pourquoi elles semblent si étranges aux autres.   

Une amie dernièrement m’a fait part du fait qu’elle s’interrogeait car je lui avais parlé de ma démarche du diagnostic et lui avait fait part de la libération que cela m’avait procuré. Elle me parla entre autres de ces soirées où divers couples sont conviés et durant lesquels, pendant que les hommes échangent entre eux, elle doit se retrouver avec les épouses et de l’ennui profond qu’elle ressent à chaque fois ... moments atroces qui semblent si longs tant elle s’ennuie d’entendre les conversations stériles de ces dames. Éclat de rire de ma part car je la comprend si bien ... j’ai bien connu ces situations ... des heures à sourire poliment, les yeux rivés sur la montre, à essayer de garder son calme alors que l’on en a assez et que l’on se dit que l’on serait tellement mieux, seule chez soi, avec un bon livre !!!   

Pour moi son « problème » est une évidence. C’est un zèbre qui s’ignore ! « Passes les tests, tu verras, tu seras soulagée ! » lui dis-je. Ce qu’elle fit peu de temps après .... Évidemment les tests ont révélé sans surprise qu’elle était HPI !
Faites de votre particularité une force

Avoir un haut potentiel intellectuel peut être un atout précieux dès lors qu’on en est conscient et qu’on l’accepte, mais aussi la cause de souffrances abyssales temps que l’on est dans l’ignorance. Combien d’adultes se sentent perdus, inadaptés au monde qui les entoure, incompris, ne sachant comment se diriger dans la vie, à cause de cela ? Sans aucun doute beaucoup plus que l’on ne pense !  

Alors c’est à vous que je m’adresse, à vous petits zèbres qui vous ignorez ! Si cette expérience que j’ai partagée avec vous a touché quelque chose en vous, si cela vous a parlé, si vous vous y êtes reconnus, il se pourrait bien que vous teniez la réponse à vos questions. Le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire est de faire à votre tour cette démarche. Une démarche qui vous éclairera sur vous-même et vous ouvrira de nouveaux horizons. Vous avez peur ? C’est normal ! Acceptez cette peur, acceptez vos doutes, et foncez !
Vous êtes la plus belle et la plus importante des rencontres que vous ayez à faire sur cette Terre ..  

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